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Gilles Pélisson (groupe TF1) : "Nous attendons un signal fort et essentiel de soutien pour les médias d’information de qualité"



Gilles Pélisson, PDG du groupe TF1, estime que les grandes marques médias doivent s'appuyer sur leurs expertises journalistiques et sur les nouvelles technologies pour se distinguer des rumeurs et fake news des plateformes et recréer de la valeur. Il appelle également le gouvernement à reprendre l'initative pour combattre les contenus haineux et illicites en ligne.

 

10 Propositions pour relancer le secteur des médias et de la publicité

La crise publicitaire et économique liée à la Covid-19 a aggravé les difficultés des médias, régies et agences. Nous avons demandé à 10 personnalités du secteur de présenter une proposition pour améliorer les pratiques et recréer de la valeur.

Ici Gilles Pélisson, PDG du groupe TF1.

Le Covid-19 ne serait qu’une arme biologique mise au point en laboratoire… La 5G aurait déclenché l’épidémie en Chine… Ces derniers mois, les théories du complot et les fake news ont inondé la toile, illustrant la viralité de la désinformation en temps d’instabilité. Nous l’avons vu lors des manifestations des Gilets jaunes en 2018 et nous l’avons constaté à nouveau, depuis le début de la crise du Covid-19.

Ces informations volontairement mensongères se multiplient, circulent partout et tendent à se propager très rapidement sur internet. Elles ont une influence croissante sur les populations et représentent ainsi une réelle menace pour l’intégrité de l’information et un défi pour nos démocraties.

Face à cela, notre mission d’informer n’a jamais été aussi cruciale. En tant que groupes médias, nous devons continuer à nous différencier par la qualité de nos offres d’information : en apportant aux Français un éclairage complet sur l'actualité et des repères à travers des méthodes de travail, une rigueur journalistique et des rendez-vous récurrents incarnés par des visages reconnus, des spécialistes qui font autorité. Autant d’atouts incomparables qui nous permettent, jour après jour, de développer le lien de proximité noué avec nos publics.

Nous devons également nous distinguer en continuant à donner à l’information le temps qu’elle mérite. Nous pouvons compter sur nos rédactions, composées de journalistes professionnels et conscients de leurs responsabilités, pour un traitement de l’information exigeant. Ne pas jouer la carte du sensationnalisme, mais analyser, décrypter, expliquer. C’est la mission que l’on assure déjà tous au quotidien et pour laquelle nous avons redoublé d'ambition, ces derniers mois, en augmentant nos plages d’information pour répondre aux nouvelles attentes des citoyens, et couvrir de la façon la plus complète la crise sanitaire et ses impacts sur notre pays. Une initiative reconnue et plébiscitée par les Français, comme en témoignent les records d’audience sur cette période.

 

"La data et l’IA sont des atouts clés sur lesquels les médias peuvent s'appuyer"

 

L’omniprésence des fake news renforce la nécessité de poursuivre le travail de pédagogie autour de l'information et de l’éducation aux médias : contrôler, alerter, corriger, mais surtout permettre aux différents publics de développer leur esprit critique. C’est en ce sens que les médias d'information créent des cellules de fact-checking, où des journalistes experts traquent au quotidien les mensonges, contre-vérités, images trafiquées, et enquêtent en profondeur pour replacer chaque information dans son véritable contexte. Au sein de TF1, les chroniques dans la matinale de LCI, chez Quotidien sur TMC, ou sur TF1 comme "Info ou Infox" diffusée tous les samedis dans JT du 20h, et les rubriques dédiées telle que "A la loupe" sur Lci.fr, s’inscrivent dans cette volonté de nous ériger en acteurs majeurs dans la lutte contre les fake news.

A cet égard, nous croyons avec Thierry Thuillier, patron du pôle information du groupe TF1, au rôle de la technologie et du numérique au service d’une information de qualité. Nous pouvons désormais utiliser des outils puissants et performants qui nous permettent de vérifier rapidement la véracité d’une information et d’identifier les "deepfake". La data et l’IA sont des atouts clés sur lesquels les médias peuvent s'appuyer. Elles sont d'ailleurs au cœur de nos axes d’innovation chez TF1. Ainsi, nous accompagnons, via notre programme d’accélération, la start-up Buster.ai qui propose une solution pour détecter les contenus fallacieux et freiner leur propagation.

Dans cette ère de la désinformation, il est clair que nous nous engageons vis-à-vis de nos publics, mais aussi vis-à-vis de nos clients à qui l’on garantit un environnement publicitaire sain et contrôlé ; l'essentiel des sites médias de qualité étant labellisés Digital Ad Trust. Nous en sommes fiers, mais nous ne pouvons pas être les seuls à prendre nos responsabilités. Si nous vivons aujourd’hui dans un contexte qui pousse les pouvoirs publics à appréhender les contours de l’information en ligne, ceux-ci tardent à prendre des mesures concrètes et efficaces.

 

"Nous attendons avec impatience de nouveaux dispositifs pour combattre les contenus haineux et illicites"

 

Alors que la capitalisation des GAFAM vient de dépasser les 5 000 milliards de dollars, bénéficiant de la crise par leur omniprésence dans nos vies, ils restent étrangement absents du débat. Les récentes annonces de boycott aux Etats-Unis par de grandes marques mondiales montrent le malaise devant leur manque évident de réaction.

Face à cette situation, l’Association des télévisions commerciales européennes (ACT) appelle à une véritable réglementation pour lutter contre les fake news, qui passerait notamment par plus de transparence de la part des plateformes. Beaucoup d’espoirs ont été mis dans la loi Avia, dont une grande partie des articles ont été censurés par le Conseil constitutionnel, et nous attendons avec impatience de nouveaux dispositifs pour combattre les contenus haineux et illicites. Sans quoi ce serait accepter que ces plateformes mondiales, pourtant à l’épicentre des campagnes de désinformation, perdurent ce "laissez faire" en toute immunité.

Dans cet environnement très concurrentiel, où l’arrêt de la publicité fragilise particulièrement les grands médias, nous n’avons de cesse de faire prendre conscience aux pouvoirs publics de l’importance de nos métiers. Nous attendons maintenant un signal fort et essentiel de soutien pour que les médias d’information de qualité, puissent continuer à être acteurs du débat public via une information fiable, vérifiée, éclairée. La lutte contre les fake news est aussi, et avant tout, une lutte pour préserver la confiance de nos publics, en leur prouvant notre détermination à tirer le débat public, toujours vers le haut.

 

photo: François Tancré

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