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Jean-Michel Baylet (APIG) : "Les plateformes doivent être neutres pour que le contrôle revienne aux producteurs d’information"



Jean-Michel Baylet, président de l'APIG, l'Alliance de la presse d'information générale, par ailleurs PDG du groupe La Dépêche, souligne que les négociations avec Google pour faire appliquer la loi sur le droit d'auteur n'avancent pas et insiste sur la nécessaire neutralité des plateformes numériques, en discussion au niveau européen.

 

10 Propositions pour relancer le secteur des médias et de la publicité
 
La crise publicitaire et économique liée au Covid-19 a aggravé les difficultés des médias, régies et agences. Nous avons demandé à 10 personnalités du secteur de présenter une proposition pour améliorer les pratiques et recréer de la valeur.
 
Ici Jean-Michel Baylet, président de l'APIG

Comme le reste de l’économie, la presse d’information subit la crise sanitaire… avec cette seule différence, mais majeure, que notre secteur était déjà en crise économique avant la Covid-19. Les raisons essentielles en sont connues : la consommation d’information et les audiences passent de l’univers physique au numérique, sans que les revenus des journaux suivent le même chemin et alors que leurs coûts restent élevés. Car produire une information de qualité, cela a un coût, et il doit être supporté par tous ceux qui en bénéficient.

Force est de constater que dans l’univers numérique, les recettes, notamment publicitaires, tendent à aller vers les uns et les coûts vers les autres. Une telle situation n’est ni juste, ni même durable : de façon générale, comment imaginer que l’économie mondiale puisse durablement prospérer si les producteurs sont systématiquement commoditisés et que l’essentiel de la valeur est capté par quelques intermédiaires ?

Dans le cas de la presse d’information, le mal est loin d’être seulement économique. C’est l’un des piliers de la vie politique et sociale en démocratie qui est menacé par la captation de valeur opérée par quelques plateformes géantes. Ne sous-estimons pas la portée de ce danger : la disparition de l’information de qualité, notamment locale, fait le lit du populisme. La pandémie est aussi venue le rappeler : disposer d’une information fiable et de qualité peut être une nécessité essentielle, voire vitale.

L’Union européenne est heureusement intervenue l’année dernière avec la directive droit d’auteur, dans le but de rééquilibrer la répartition de cette valeur, et les éditeurs de presse ne peuvent que se féliciter que la France ait transposé ce texte avec célérité en droit national.

Hélas, il y a loin de la coupe aux lèvres et les plateformes résistent autant qu’elles le peuvent à son application, préférant évoquer un partage de valeur toujours assorti de contreparties, plutôt que la rémunération d’un droit comme le prévoit la loi.

Une stratégie : diviser pour mieux régner

Les propositions de "partenariats" faites aux éditeurs, y compris accompagnées de financement, cachent mal la volonté de diviser pour mieux régner, et finalement de sélectionner les contenus proposés au public. Or c’est aux journalistes, aux éditeurs et finalement au public de décider ce qu’est un contenu de presse pertinent et de qualité, pas à un intermédiaire, qu’il soit moteur de recherche ou réseau social. Et encore moins lorsqu’il est en situation d’oligopole ou de monopole.

Les responsables politiques européens et nationaux ont compris ce danger et le Digital services act récemment mis en consultation, comme la réflexion entamée sur les règles de concurrence, sont des avancées positives. Concernant le numérique et internet, les années 2010 ont vu émerger le souci de la neutralité des réseaux, qu’un règlement européen est venu consacrer après de longs travaux. Puissent les années 2020 être celles de la réflexion, puis de l’action quant à la neutralité des plateformes numériques.

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