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Les Cannes Lions 2018 vu par un VC : Gil Doukhan (Iris Capital)



Présent au Festival de la création publicitaire mi-juin, Gil Doukhan livre à mind Media son analyse. Il est Principal au fonds européen de capital-risque Iris Capital (soutenu notamment par Orange, Publicis, Valeo, BRED Banque Populaire et BPIfrance), qui gère actuellement 700 millions d'euros investis dans l'économie numérique, notamment dans des start-up du marketing et de la communication en ligne.

Pourquoi un VC se rend-il aux Cannes Lions

Les Cannes Lions est l'un des seuls événements où tout le monde de la publicité se retrouve au-delà des frontières. Toutes les nationalités sont représentées et les participants représentent tous les horizons du secteur : GAFA, agences, annonceurs, éditeurs, start-ups, médias... Pour un VC (Venture Capital, un investisseur en capital risque, ndlr) franco-allemand investissant à l’international et impliqué dans la BrandTech comme l'est Iris Capital (qui a investi notamment dans Adomik, iAdvize, Armis, Holimetrix, Adjust, Mindlytics, MyThings, Influans, PlaceIQ, Batch, Netatmo, MoPub, Adotmob, ndlr), cet événement est l’occasion de sentir le pouls d’un marché en perpétuelle évolution, de comprendre les nouveaux enjeux technologiques, l’éthique, les impacts de la règlementation…

C’est aussi le seul endroit où l’on peut voir tous nos investissements du secteur d’où qu’ils viennent, que les sociétés soient françaises, allemandes ou américaines, représentées à Cannes par leur top management. Cette année fut aussi riche qu’à l’habitude avec des évidences qu’on imaginait pourtant décliner et surtout une nouvelle thématique présente sur toutes les lèvres…

Les sujets au centre des discussions : créativité, performance, RGPD

Si les Cannes Lions ont toujours été tournés vers la créativité - c’est le principe des Lions après tout - la performance s’y est faite une place importante depuis quelques années, le gros des budgets étant positionnés dans cette direction. Mais en 2018, un troisième pilier a émergé : le RGPD. Le sujet le plus abordé cette année fascine jusqu’aux Américains à l’affût des premières best practices. Ils ne sont pas particulièrement pressés par les autorités chez eux, mais contrairement à ce qu’on peut imaginer, ils veulent comprendre et se préparer pour mieux maitriser leurs marchés à venir.

RGPD fut donc débattu chaque jour à Cannes par les acteurs du marché et ce sous différents angles : ce qu’il faut faire, les erreurs à ne pas reproduire, l’impact business des deux côtés de l’Atlantique… Nous avons été surpris par plusieurs entrepreneurs américains rencontrés sur place qui voient dans cette nouvelle pratique éthique une opportunité business pour leur marché local avant même de penser international : comment équiper les entreprises américaines pour leurs campagnes européennes, même quand on n’est pas soi-même implanté en Europe ?

Les agences sont toujours là

La faible présence des agences annoncée cette année n’a pas vraiment été ressentie. Si elles n’occupent plus 90% de l’espace visible, elles restent bien implantées : plages, cafés, partenariats, soirées organisées en leur honneur... Il est difficile d’être aux Cannes Lions sans voir ou sans entendre le nom d’une agence tous les cinq mètres. D’autant qu’elles étaient également au cœur de beaucoup de conversations. Entre les déboires de Sir Martin Sorrell, l’avenir de WPP, l’absence de Publicis mais pas des récompenses, la présentation de son IA ("Marcel") qui promet de révolutionner le modèle de l’agence, ou encore les nouvelles régies qui se positionnement presque comme des agences, le marché avait de quoi discuter entre deux panels.

Cannes est-il devenu un événement américain ?

Les "Lions" ont toujours été très appréciés des Américains et cette année ne déroge pas à la règle. Le top management des géants américains, des agences, des annonceurs... tous étaient là. L’anglais reste la langue la plus parlée à cet événement et les Français y ont même une plage d’accueil dont le nom est en anglais ("The French Camp"), comme s’ils étaient expatriés pendant une semaine.

On voit donc certaines sociétés américaines venir à Cannes uniquement dans le but d’obtenir des meetings avec d’autres acteurs américains trop occupés pour traverser les quelques blocs qui séparent leurs sièges sociaux à New York : il est plus simple de faire venir son prospect sur un yacht ou une terrasse, plutôt que de l’inviter à déjeuner à Soho. Les Cannes Lions sont donc une bonne excuse pour se retrouver entre Américains à des milliers de kilomètres de chez eux et de faire du business en short et tongs, que l’on soit un startuper à la mode ou une directrice d’agence à succès.

Des challengers très visibles

Depuis quelques années, les GAFA ont pris le pouvoir à Cannes. Certes ce sont eux qui ont les plus belles plages, mais on n’a pu s’empêcher de remarquer cette année une présence plus forte de challengers tels que Spotify, Freewheel, Pinterest, Oath, Oracle ou encore Shutterstock, allant jusqu’à concurrencer les plages et yachts de leurs aînés pour faire leurs grosses annonces.

Il était intéressant de prendre le temps de parler à ceux dont on attend finalement beaucoup en termes de consolidation sur le marché : quand Zenly se fait acheter par Snap Inc., Mopub par Twitter, Waze par Google ou encore iZettle par PayPal, il devient plus qu’urgent de comprendre ce que recherchent ceux dont dépend parfois l’avenir de certaines start-up. 

Enfin, côté agences, les concurrents venus du consulting ont pris le parti de préempter leur visibilité au sein même du Palais des Festivals à défaut d’être aux alentours cette année. Peut-être la première pierre avant de sauter le pas ?

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